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 une histoire ?

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GooMax
V.I.P
Messages : 47
Date d'inscription : 14/11/2010
Age : 38
 Ven 20 Juin - 15:21

Bonjour les Phénix.

c'est GooMax sur Zéta bien sur.
Je me rapproche de vous.
Je dois dire que mes derniers messages échangés avec vous me font me poser des questions sur mon avenir sur zéta concernant mon TAG.

Voila, le lorrain insiste et......

En attendant de voir si je me lance, je vous propose le début d'une petite histoire.
Si vous êtes sages, enfin autant que possible de votre part, lol, je mettrais la suite.



La fabuleuse histoire du Phénix

***

Des flashs incompréhensibles valsent au fond de mon crâne dans un ballet sonore tandis que je tente de m'extirper d'un sommeil lourd. Assez lourd pour laisser présager un réveil difficile. Je secoue la tête, m'étonne de recevoir en plein visage des gouttelettes d'une eau froide et salée et, aussitôt les paupières ouvertes, étouffe un cri d'effroi.
Allongé sur le dos, j'aperçois une dizaine de visages intimidants penchés sur moi. Et du centre du groupe jaillit la fine lame aiguisée d'une épée, qui frôle ma pomme d’Adam au gré des ballottements du sol curieusement instable sur lequel je suis couché.
Mon regard remonte la lame et, la main fermement serrée sur la garde, une grande femme aux cheveux noirs me toise avec menace.


    - D'où tu sors toi ? Et qu'est-ce que tu viens faire sur mon navire ?


J'amorce une réponse, et fronce les sourcils.


    - Je... je ne sais pas... Je...
    - Tu te crois sincèrement en position de jouer au malin, gamin ?


Ma respiration devient difficile, saccadée. Je fouille avec une ardeur croissante au fond de mon esprit à la recherche de réponses, sans y trouver le moindre indice sur la raison de ma présence sur ce... navire ? Je suis sur un navire ? Je panique de plus belle. Je ne me souviens plus de rien. Le chemin qui m'a mené ici, mon histoire, mon identité, mon visage... Je ne suis plus rien.

Les yeux embués, je tente de me relever pour m'aider à respirer. Je cherche un point d'accroche au sol, aux tonneaux disséminés sur le pont, aux cordages qui le parcourent... Le groupe de marins me regarde courir, me cogner dans tout ce que je croise, haletant, gémissant d'angoisse et de terreur. Jusqu'à ce que la femme aux cheveux noirs me rejoigne et me retienne par les épaules. D'un geste brutal, elle me tourne et plonge de force son regard dans le mien. Ses sourcils sont froncés dans une expression d'inquiétude. Ses yeux sombres, joyaux noirs sur une peau blanche comme le nacre m'hypnotisent tandis que d'une voix claire et éraillée, elle mime une respiration profonde, lente et constante.


    - Reprends ton calme petit. Profondément. On va comprendre ce qui t'arrive. Tout va bien se passer.
    - Je... je….... sais pas...


Mes yeux noyés de larmes ne parviennent à se détacher de la noirceur de ses iris. Son regard est compatissant, sincère et droit. Sur le navire, plus rien d'autre ne daigne clamer son droit d'exister. Les matelots s'immobilisent, je n'entends plus le vent qui s'engouffre dans les voiles et soulève avec grâce la longue chevelure de la navigatrice, je ne sens plus les fines projections d'eau salée sur mon visage inconnu. Au centre de l'océan infini, nous seuls comptons. Seule notre lente respiration compte.

Puis une fois calmé, la musique des mers reprend ses droits et l'inconnue à l'épée lève un sourcil et sourit en coin.


    - On va trouver ce qui cloche.
    - Vous pouvez m'aider ?
    - Je vais voir ce que je peux faire. Mais en attendant, va te débarbouiller.


Nous rentrons à deux dans une somptueuse cabine baignée dans la faible lueur du jour que les épais nuages gris daignent laisser passer au travers des larges vitres. Mais au-delà de la beauté de la pièce, ce qui attire mon attention est le miroir qui surmonte une coiffeuse d'acajou.
Et le reflet que j'y contemple.
Celui d'un garçon d'à peine vingt ans au visage juvénile, sur le front duquel, pitoyablement plaquée par la bruine, s'étend une frange blonde.
Un visage vaguement familier. Rien de plus. Je reste un inconnu pour moi-même.

La détresse de mon regard n'échappe pas à mon hôte, qui affiche un léger sourire et m'ébouriffe les cheveux.


    - On découvrira d'où tu viens petit. T'es sous ma protection ici.


Je lui rend un sourire plus faible que je l'aurais voulu en signe de reconnaissance, trop préoccupé pour lui témoigner convenablement ma gratitude.


    - Laisse-moi t'expliquer où on est, me dit-elle sans s'attarder sur mon silence, une main sur mon épaule. Ici, tu es sur mon navire, le Phénix. Je suis le capitaine Clara White. Ça ne t'évoque rien ?


Je hoche la tête, désolé.


    - C'est pas grave, ça viendra.
    - Est-ce que vous êtes des... pirates ?
    - Non petit. On cultive le look des anciens pirates, mais on se définit plutôt comme des explorateurs. On parcourt les mers, sans savoir ce qu'on y trouvera. Mais c'est ce qui nous plaît.
    - Vous avez toujours vécu comme ça ? En mer ?
   -  Non, mais ça c'est une autre histoire. Va te décrasser un peu, où au prochain port, tu vas attirer les mouettes !

Je passe la journée à errer à bord du Phénix, sous le regard bienveillant de la Capitaine White, qui ne manque pas de remettre à leur place les membres de l'équipage un peu trop méfiants à mon égard. Je m'étonne de les voir travailler sur ce navire d'un autre temps, à régler leurs conflits épée à la main comme des enfants qui s'amusent. Leurs coups sont maladroits, et se soldent par quelques griffes sur les bras, mais à mon grand soulagement, les massacres et le supplice de la planche semblent, au contraire du bateau, être restés bien sagement à leur époque.
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GooMax
V.I.P
Messages : 47
Date d'inscription : 14/11/2010
Age : 38
 Dim 22 Juin - 21:34

Je ne parviens néanmoins pas à éprouver autant de plaisir qu'eux, trop occupé à me demander par quel sordide miracle j'ai atterri en pleine mer. Je passe ainsi plusieurs heures accoudé à la poupe, les cheveux fouettés par l'air marin, les yeux perdus dans un horizon inconnu. Ce n'est qu'une fois les nuages dégagés et le soleil couché que la Capitaine White me rejoint pour observer le lointain. Mais, contrairement à moi, avec plus d'émerveillement que d'inquiétude.


- Tu ne devrais pas le regarder comme ça.
- Regarder qui ? Est-ce que... Est-ce que quelqu'un pense que je l'ai regardé de travers ?


Non sans amusement, Clara White donne un coup de tête au loin.


- Tu sembles juger l'horizon.
- Pour moi ce n'est que l'inconnu. Mon histoire se trouve là-bas. Je l'ai perdue là-bas.
- Avoir une histoire, c'est une bien belle chose, tout le monde ne peut pas s'en vanter. Il est tragique de ne pas pouvoir se la remémorer. Mais ton histoire est tienne. Elle est en toi et, pour une raison ou une autre, t'a amené ici. Elle est simplement égarée. Et lorsque tu la retrouveras, tu découvriras que tout ce que tu vis ici avait un sens.
- Alors en attendant, que suis-je censé faire ? Attendre sans me soucier de rien ?
- Non. J'ai tiré le meilleur de mon histoire. Fais de même en tirant le meilleur de l'inconnu. Parce que tu n'es pas apparu de nulle part. Tu as un passé. Cet inconnu est ton présent. Et avec ou sans tes souvenirs, ton futur dépend de ce jour. De chaque jour.
- Je me sens perdu. Je ne sais pas quoi faire.
- Non petit. Tu ne sais pas où regarder.


Nos yeux jusque là dirigés vers l'horizon se croisent. Alors Clara White pose l'index sous mon menton et, d'un geste délicat, me pousse à lever la tête vers le ciel.
Vers la beauté des étoiles. Ces soleils qui, de leur lointaine galaxie, nous envoient l'éclatante lumière qui parsème la noirceur de notre nuit.

Sans un mot, avec pour seule mélodie le clapotis délicat des vagues sur la coque du Phénix, je m'émerveille face au champ de lueurs blanches.

Et soudain, rien n'a plus d'importance que les mille et une possibilités de l'univers.


Au réveil, le lendemain matin, j'ose à peine ouvrir les paupières de peur de me réveiller sur un nouveau navire inconnu. Mais une fois le pas franchi, mes yeux s'habituent à la lumière pour laisser apparaître, fièrement postée à côté de mon lit, la Capitaine White. Les longs cheveux noirs attachés, vêtue d'une chemise ample à haut col surmontée d'un veston, et d'un pantalon blanc serré dans de hautes bottines noires, elle affiche un léger sourire en coin et un sourcil arqué.


- Il va falloir que je dégaine pour te sortir de là matelot ? me dit-elle, la main sur la garde de son épée, accrochée à la ceinture.
- Oui je...


Je déglutis difficilement au souvenir du matin précédent mais, en croisant le regard perçant de Clara White, je me surprends à laisser le coin de mes lèvres s'étirer avec douceur.


- Bien, Capitaine.


Un discret clin d’œil précède son départ et, en quatrième vitesse, je me prépare. Je découvre, sur une chaise, de nouveaux vêtements, en parfait accord avec le décors et souris à nouveau à cette idée. Quand je me tourne vers le miroir, j'y découvre le jeune homme de la veille, cette fois vêtu d'un haut de lin ample serré par une ceinture de cuir sur un pantalon de tissu épais marron. Après un court instant de silence, je prends une grande inspiration et me précipite à l'extérieur où, sur le pont, l'équipage m'attend.

Sans prévenir, un matelot me lance une épée, que j'attrape maladroitement.


- En garde... euh... petit.
- Eliott.


Silence stupéfait de l'équipage, qui m'invite du regard à m'expliquer. Pour seule réponse, je hausse les épaules et me tourne vers la Capitaine White.


- C'est peut-être pas mon prénom d'avant, mais en attendant de le découvrir, pour aujourd'hui, ce sera Eliott. C'est un chouette prénom, Eliott.


Et alors Clara White qui, il y a vingt-quatre heures, me menaçait d'une épée sur le pont de ce bateau, dessine sur son visage un sourire presque imperceptible, mais plus puissant que toute la compassion qu'elle m'a offerte jusqu'ici.
La fierté de la Capitaine d'un improbable navire voguant vers l'inconnu.

Alors je me dresse fièrement, et dégaine l'épée pour parer, à moitié accroupi, le coup que m'assène le matelot. Sans grand talent, nous nous battons tandis que le Phénix fend les flots sans se préoccuper des nuages noirs qui s'amoncellent au-dessus de nous, et finissons à terre, les bras griffés par les coups qui n'ont pas pu être déviés.

Mais puisque la douleur de quelques coups d'épée, finalement pas plus que la peur de l'inconnu, n'est rien face à l'adrénaline procurée par cette curieuse aventure, je me relève aussitôt pour rejoindre la Capitaine White derrière le gouvernail. Et ensemble, nous prenons les commandes du navire, droit vers l'horizon.

Les jours qui suivent ne se ressemblent pas. Plus le temps passe, plus nous nous perdons dans les mers, et moins je m'inquiète pour ce que j'ai été. J'y pense, chaque jour, mais plus que d'en avoir peur, je rêve à la vie que j'ai eue, et à l'importance de ma rencontre avec Clara White et son équipage au sein de cette histoire dont j'ignore tout.
La Capitaine et moi nous rejoignons le soir pour observer, quand le ciel nous le permet, les étoiles comme on contemple une carte indéchiffrable mais ô combien attirante. Nous inventons des histoires sur le Phénix. Des histoires improbables, des histoires impossibles mais qui ouvrent les portes de nos yeux et nos esprits pour laisser s'y diffuser la lueur des cieux. Nous ne parlons pas du passé, et je ne l'ai plus interrogée sur le sien parce que je sais qu'elle me le racontera quand le moment s'y prêtera. Et surtout parce que la Capitaine White s'efforce de ne penser qu'au moment présent. Excepté le soir, très tard, lorsqu'elle aborde le futur. Mais uniquement pour réfléchir à la meilleure manière de rendre le lendemain meilleur encore que le jour qui s'éteint.

Pourtant tout change ce matin, alors que mes paupières se lèvent sur mon septième jour de navigation. Un étrange pressentiment me parcourt. Lorsque je descends sur le pont, mon regard passe d'un membre de l'équipage à l'autre. L'ambiance est morose, les regards convergent vers le ciel, plus noir que jamais, et l'inquiétude se lit sur tous les visages. Simple inquiétude ? Ou, comme moi, sentent-ils que quelque chose d'important est sur le point de se produire ?

Plongé dans mes pensées, je sursaute lorsque Clara White pose sa main sur mon épaule. Si elle se veut rassurante, un tic au coin de ses lèvres trahit ses pensées.
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GooMax
V.I.P
Messages : 47
Date d'inscription : 14/11/2010
Age : 38
 Jeu 26 Juin - 23:33

- Tout ira bien Eliott. Pas d'inquiétude à avoir. La mer est calme.


Un peu trop calme à mon goût. Tout est trop calme. Le ciel est bien trop noir. Mais j'acquiesce, soucieux de ne pas la préoccuper plus qu'elle ne l'est déjà.

Les heures passent, et la mer s'agite petit à petit. Le navire tangue, et nous tentons tous, sous les ordres hurlés par la Capitaine au travers d'une averse torrentielle, de le maîtriser. Fier mais mal-en-point, le Phénix survit au centre des puissantes bourrasques et des vagues de plus en plus hautes qui frappent sa coque de plein fouet, et nous fouettent le visage en venant s'écraser sur le pont.
Les matelots paniquent, et le tremblement de leur lèvre inférieure trahit la terreur qui les envahit. Mais aucun ne quitte son poste. Personne n'est prêt à laisser le Phénix et son histoire rejoindre les épaves qui jonchent le fond de l'océan sans se battre pour lui.
Et moi, sans connaître ma vie, je sais que quelle qu'elle soit, ce navire l'aura marquée à jamais. Et, les poings serrés sur les cordages, le visage noyé par des larmes emportées aussitôt par les vagues qui envahissent le bateau, je sais que si c'est ainsi que mon existence doit s'achever, sur ce pont, avec ces aventuriers atypiques, alors je clôturerai mon histoire de la plus belle manière qui soit.

A peine cette pensée ancrée dans mon esprit que je la vois arriver. La dernière vague. Un monstre des océans contre lequel nous ne pourrons rien faire. Au loin, elle approche, menaçante. Nous le savons tous. Et les regards se croisent, embués, mais fiers.
Alors ensemble, bravant les bourrasques et les vagues, nous courrons vers la proue. Nous glissons, nous heurtons aux rebords de la coque, tombons lourdement. Mais toujours, nous nous relevons pour rejoindre l'avant du Phénix. Devant le groupe de matelots, je rejoins la Capitaine White qui se dresse face à la vague. D'un regard, je la remercie, et oubliant son rang, elle me serre contre elle.

Et alors se produit le plus improbable des miracles. Soudain, la vague cesse d'avancer. La mer poursuit son agitation, le vent s'engouffre dans la voile. Mais ni le Phénix, ni la vague, n'avancent.

Et un nouveau pressentiment jaillit en moi comme une étincelle. Je sais que notre mort prochaine et le miracle qui nous fait face doivent être mis de côté pour quelque chose de plus important. Alors, au travers du vent, je m'adresse dans un hurlement à la Capitaine médusée par la vague immobile.


- Racontez-moi votre histoire !
- Qu'est-ce que... Quoi ? Ce n'est pas le moment ! C'est... Regarde ça !
- Non ! Racontez-moi votre histoire !
- Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?


De tous nos poumons, nous hurlons. Mais je suis prêt à user de toutes mes dernières forces pour la supplier. Je dois savoir. Maintenant.


- Racontez-la moi ! Vous m'avez dit il y a quelques temps que quand tout prendrait son sens, je le saurais ! Et bien ça en a, maintenant ! Rien n'a plus de sens que votre histoire, à cette instant précis, à sa fin !


Clara White est désorientée, et ses yeux s'attardent sur moi quelques instants avant qu'elle ne prennent subitement mon visage entre ses mains et l'approche du sien.


- Si je ne t'ai pas raconté mon histoire, c'est parce que je n'en avais pas avant de monter sur ce bateau ! J'étais une femme sans vigueur, sans passion, sans goût pour sa propre vie ! Ma vie n'était faîte que de chose insipides ! Et j'ai réalisé que, si un jour, un jeune garçon innocent me demandait de raconter ma vie, je n'aurais rien à dire ! Que mon histoire l’ennuierait, parce qu'elle n'avait aucune splendeur, aucun rebondissement, et que je n'aurais jamais de beau moment pour la clore. J'ai commencé à vivre lorsque j'ai choisi l'aventure, le risque et l'inconnu !


D'un geste vigoureux du poignet, la Capitaine Clara White essuie les larmes qui baignent son visage et pointe la vague du doigt d'une main tremblante, sans cesser de pleurer.


- Et tu vois, si c'est ça ma fin, alors je suis prête à foncer vers cette vague et à y plonger avec mon navire avant qu'elle ne m'atteigne ! Parce que bordel, tous les hommes que tu vois ici ont décidé un à un de tout lâcher pour commencer à exister vraiment, et les quelques années passées sur ce navire valent cent vies derrière des murs !


Mes poings se serrent, mon regard se porte vers la mer, et vers moi. Au fil du récit, je me souviens.

Lentement, les souvenirs refont surface.

Je sais qui je suis.


- Eliott je sais pas qui ou quoi a arrêté cette vague mais si ça a pu me servir à saluer ce vieux navire une dernière fois, alors je peux aller me noyer sans regrets !
- C'est moi.


La Capitaine cesse de parler et fronce les sourcils, sans rien comprendre à ce que je raconte.


- C'est moi qui ai arrêté la vague. Sans en avoir l'intention je suppose. Mais je devais déjà commencer à me souvenir de mon passé.
- Ton... ton passé... Je n'y comprends rien Eliott. Je... Et nous allons bientôt...


Je ne la laisse pas finir, et préfère la laisser me voir sous mon véritable jour. Alors, lentement, une brume sombre se mêle à la pluie et m'entoure. Ma silhouette s'étend, s'élargit, et une toge noire vient envelopper mon corps et mon visage. Puis enfin, tandis que la brume se dissipe autour de moi, mes long doigts fins se resserrent autour de ma longue faux.

Évidemment, je retrouve Clara White et son équipage plaqués le rebord du navire.


- Pour mettre fin à toutes les suspicions, ce n'est pas moi qui décide de votre mort.
- Eliott... Qu'avez-vous... vous. C'est impossible.
- Je suis bel et sorti de nulle part pour apparaître sur ce bateau. Sous une autre identité, pour rester anonyme.
- Impossible... Non. Pas Eliott. Il ne m'aurait pas...
- Je ne vous ai pas menti, Clara. Je me suis imposé l'amnésie.
- Pourquoi feriez-vous une chose pareille si vous êtes la...
- Pourquoi la Grande Faucheuse s'imposerait une pareille épreuve ?


Clara White et son équipage attendent, le regard fixé sur ma capuche sous laquelle ils tentent vainement d'apercevoir le visage de leur protégé.


- Je viens de l'au-delà, et rencontre chaque jour des hommes et des femmes si lassés de leur vie qu'ils ne parviennent plus à apprécier les possibilités d'une deuxième chance. D'un nouveau départ. Alors, petit à petit, je me suis ennuyé, et lorsque j'ai commencé à me lasser de ma fonction, que j'ai réalisé que ma compassion pour les Mortels s'atténuait, que je ne parvenais plus à les voir autrement que comme une masse de personnes identiques et sans intérêt, j'ai décidé qu'il était temps de les redécouvrir.
- Alors pourquoi ici ? Et pourquoi avoir tout oublié ?
- Je vous l'ai dit, la redécouverte. La Mort a besoin d'être touchée par la vie. Même la Grande Faucheuse a besoin d'une leçon de temps en temps. Alors j'ai cherché la meilleure destination possible, et les plus nobles représentants des Mortels parmi ceux qui devaient bientôt s'éteindre


Clara ne daigne plus lever les yeux vers moi. Son regard est perdu dans la vague.


- Pourquoi avoir choisi de personnes qui allaient mourir ? Vous auriez tout aussi bien pu prendre n'importe qui et vous en aller.
- Pour m'en aller, je devais me souvenir. Pour me souvenir je devais redécouvrir les plus grandes leçons de l'existence. Et la vie s'enseigne jusqu'aux portes de la Mort.


Un long silence ponctué par la tempête qui fait rage suit mes paroles. Je patiente sans un mot, sans détacher mon regard de la Capitaine, jusqu'à ce que cette dernière s'approche de moi, le visage triste.


- J'aimais beaucoup Eliott vous savez.
- Moi aussi, Capitaine White.


Lentement, Clara approche sa main de mon capuchon, mais je la retiens sans brutalité. Elle frissonne.


- Ce visage n'est pas le même.


Elle déglutit et concentre rapidement, le regard embué, son attention sur la menace qui vient de la mer.


- Alors vous allez la libérer ? Nous allons mourir ?
- Je suis au regret de vous dire que oui.
- Depuis quand regrettez vous de voir quelqu'un mourir ?
- La mort n'est pas un mal. Mais vous teniez à cette vie.
- La Mort éprouve de la compassion ?
- Je serai sans doute bien trop fier pour le reconnaître par la suite mais grâce à vous, oui.
- Je ne sais même pas ce que j'ai fait pour vous aider.
- Rappelez vous simplement, Capitaine White, qu'un soir, vous avez levé les yeux de la Mort vers les étoiles.


Clara prend une grande inspiration et se tourne vers son équipage.


- Matelots, à vos postes ! Notre aventure ne se terminera qu'au creux de cette vague !


Après un dernier regard vers moi, et vers le garçon innocent que j'ai été, la Capitaine du Phénix attrape le gouvernail avec force, et l'équipage court à son poste,

Quant à moi je les observe, se battre pour offrir une fin digne à leur incroyable vie.
Je me souviens des jours passés ici, du Capitaine et de ses matelots. Je me souviens d'Eliott. Puis de cette mort que j'avais vue écrite sur un papier parcouru avec une conviction modérée avant de me lancer dans cette curieuse aventure.
Mais il y a des choses auxquelles même la Mort ne se prépare pas. Personne ne peut se préparer à l'impact d'une belle histoire.

Alors enfin, je décide qu'il est temps, et tandis je laisse la puissante vague reprendre ses droits sur les océans, tous les yeux convergent vers ma silhouette noire qui s'étend et se mêle à la brume pour rejoindre les océans.
Pour ne pas partir tout à fait.
Pour, jusqu'au dernier cri des hommes et de la femme qui ont choisi l'aventure et la beauté du ciel, ne pas quitter mon poste.

Et accompagner le Phénix jusqu'à la fin de son histoire.
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Annibal
avatar
V.I.P
Messages : 676
Date d'inscription : 19/12/2010
Age : 52
 Ven 27 Juin - 19:07

J'adore !


Dieu n'a donné au guerrier un meilleur glaive à sa victoire que son mépris de la mort.
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ricardo 1er
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V.I.P
Messages : 90
Date d'inscription : 06/10/2012
Age : 62
Localisation : IDF
 Ven 27 Juin - 20:12

Moi aussi , excellent  Very Happy 





Le succès n'est que l'expression d'une vaste hallucination collective.
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Myssala
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V.I.P
Messages : 11
Date d'inscription : 04/01/2014
 Mer 9 Juil - 8:34

Wahou !!!!

Bravo GooMax !

Je ne m'attendais pas à une telle fin, lecture passionnante, suspens jusqu'au bout.

Tu as une superbe plume. Un grand merci pour ce superbe moment.
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